Le lundi 04 fév 2008

Pasquier-Rogé : rencontre au sommet

Comme venu d'une seule volonté et d'un seul coeur, le récital que le violoniste Régis Pasquier et le pianiste Pascal Rogé nous ont offert hier après-midi a fait complètement oublier les agacements qui s'étaient accumulés ces derniers jours : changement de pianiste, changement de sonate de Prokofiev, changement de sonate de Beethoven, changement dans l'ordre du programme.

Bref, nous étions irrités... mais ne le sommes pas restés longtemps! Dès l'attaque de l'op. 30 no 3 de Beethoven - ce rapide trait en doubles croches lancé, identique, au violon et au piano -, il était clair que nous nous trouvions devant deux techniciens très forts et absolument égaux et, surtout, deux musiciens vrais et entiers que leur âge (respectivement un peu plus et un peu moins de 60 ans) permet d'identifier à une solide tradition dont sont forcément coupés les jeunes musiciens d'aujourd'hui.

Déjà invités au LMMC, Pasquier comme chambriste, Rogé en solo, les deux interprètes français ont véritablement rafraîchi trois sonates qui, bien qu'importantes, constituaient une affiche des plus conventionnelles.

Indiqués "pour piano et violon" (et non l'inverse), le Beethoven et le Brahms sont joués ainsi, avec cette égalité dans le discours qui fait qu'on écoute le pianiste autant que le violoniste. Mais, bien sûr, c'est le violon qui fait ici la différence...

Pasquier apporte au Beethoven des accents nouveaux, de la tendresse et même de l'humour, il sait être pensif quand vient l'Adagio du Brahms, et il se surpasse dans le Prokofiev, accentuant le côté sardonique de cette musique dès le début, abordé presque «sul ponticello», même si le texte ne l'indique pas.

Ovation de la salle presque comble, bonheur évident des deux musiciens... et rappel : Intermezzo de la Sonate de Poulenc.

RÉGIS PASQUIER, violoniste, et PASCAL ROGÉ, pianiste. Hier après-midi, Pollack Hall de l’Université McGill. Présentation : Ladies’ Morning Musical Club.

Programme:

Sonate no 8, en sol majeur, op. 30 no 3 (1802) – Beethoven
Sonate no 1, en fa mineur, op. 80 (1938-46) – Prokofiev
Sonate no 3, en ré mineur, op. 108 (1886-88) – Brahms

Claude Gingras, La Presse

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